Des ateliers multi-acteurs pour construire des périmètres irrigués durables, résilients et favorables à la souveraineté alimentaire.
Face à la salinisation, aux conflits d’usage et à l’usure des infrastructures : une formation pour apprendre à repenser les périmètres irrigués avec tous les acteurs du territoire.
Les grands périmètres irrigués actuels touchent aujourd’hui leurs limites : dégradation des infrastructures, salinisation des sols, tensions autour du partage de l’eau, gouvernance affaiblie. Face à ces constats, la simple rénovation physique des ouvrages ne suffit plus. Une transformation plus globale des territoires irrigués est nécessaire, qui articule conjointement les infrastructures, les règles de partage de l’eau et les modes de production.
Le COSTEA considère que cette réingénierie agroécologique doit se construire de manière participative et systémique, avec l’ensemble des acteurs concernés (recherche, sociétés d’aménagement, organisations paysannes, acteurs territoriaux) pour réorienter la conception, la réhabilitation et la gestion des périmètres irrigués vers des modèles durables, résilients et favorables à la souveraineté alimentaire.
Le COSTEA organise des ateliers participatifs de réingénierie agroécologique des systèmes irrigués collectifs, associant recherche, expertise de terrain et acteurs territoriaux. Ces ateliers visent à caractériser les contraintes techniques, foncières et organisationnelles des périmètres, à expérimenter des scénarios de réingénierie à l’aide du jeu sérieux ARIHA, à observer les réalités du terrain sur des casiers irrigués concrets, à évaluer le « coût de l’inaction », c’est-à-dire les impacts du maintien du statu quo, et à co-construire un argumentaire de plaidoyer politique pour orienter les futurs investissements.
À titre d’exemple, un atelier s’est tenu du 2 au 4 juin 2026 à Saint-Louis (Sénégal), organisé conjointement avec l’ISRA-BAME et la SAED, en lien avec des travaux d’enquêtes menés par des étudiants de l’UFR Agro de l’UGB et de l’Institut Agro Montpellier. Il a réuni 27 participants issus d’un large éventail d’institutions nationales et régionales : recherche et enseignement supérieur (ISRA-BAME, CIRAD, UGB), sociétés d’aménagement et de gestion de l’irrigation (SAED et SODAGRI au Sénégal, Office du Niger au Mali, SONADER en Mauritanie, ANADER au Tchad, NOVEC au Maroc), ainsi que des acteurs territoriaux et organisations paysannes (COSTEA, réseaux DyTAES/DyTAEL Podor, REFAN). Les travaux ont porté sur quatre axes : la gouvernance et la gestion de l’eau, les pratiques agricoles et savoirs endogènes, l’inclusion sociale des femmes et des jeunes, et la réingénierie des aménagements hydro-agricoles face aux chocs climatiques.
Cette session a confirmé que la réingénierie agroécologique ne peut se réduire à des travaux publics : elle exige une reconfiguration conjointe des infrastructures, des règles de partage de l’eau et des modes de production, ainsi qu’une approche territoriale capable de résoudre les conflits d’usage et de co-construire les règles avec l’ensemble des acteurs locaux. Ses résultats font l’objet d’un Policy Brief destiné aux décideurs publics et aux bailleurs de fonds, et nourrissent directement les projets en cours dans la vallée du fleuve Sénégal, dont le programme DELTA de la SAED, avant une valorisation internationale lors d’événements comme le congrès de la Commission Internationale des Irrigations et du Drainage (CIID/ICID) à Marseille. Le dispositif a vocation à être répliqué dans d’autres territoires irrigués, dans le cadre de la phase 2 des études terrain du COSTEA.