L’agriculture irriguée ne peut plus être pensée selon les seuls modèles hérités de la Révolution verte. Les défis actuels appellent une approche systémique intégrant les dimensions environnementales, sociales, économiques, institutionnelles et territoriales.
Le COSTEA explore la manière de réinventer les infrastructures hydrauliques, leurs modes de gestion et les organisations collectives afin d’accompagner la transition agroécologique des systèmes irrigués.
Les nouvelles technologies ouvrent des perspectives inédites pour mieux comprendre, piloter et optimiser les usages de l’eau. Télédétection, données satellitaires, outils numériques ou aide à la décision : le COSTEA évalue leur potentiel et accompagne leur opérationnalisation afin qu’elles répondent concrètement aux besoins des gestionnaires, des agriculteurs et des décideurs.
Les aménagements hydroagricoles collectifs d’Afrique et d’Asie entrent aujourd’hui dans une phase cruciale de leur évolution. Vieillissants, ces périmètres doivent être réhabilités et adaptés aux nouveaux défis, notamment ceux liés aux changements climatiques. Cette réhabilitation ne peut toutefois se limiter à une remise à l’identique : elle doit intégrer les principes et enjeux de la transition agroécologique pour construire des systèmes irrigués plus durables, résilients et performants.
Le chantier du COSTEA explore cette réingénierie agroécologique à travers deux terrains : le Sénégal et le Cambodge, sur d’anciens périmètres irrigués en cours de réhabilitation ainsi que sur de nouvelles assiettes d’aménagement. La démarche croise les dimensions hydrauliques, énergétiques, agro-économiques, environnementales, organisationnelles et territoriales afin d’identifier des scénarios adaptés aux réalités locales.
Les résultats contribueront à produire des références et outils opérationnels pour accompagner les maîtres d’ouvrage et alimenter les réflexions sur la conception d’aménagements hydroagricoles collectifs résilients, performants et adaptés aux changements climatiques.
Formation réingénierie agroécologique
Le COSTEA propose des ateliers participatifs pour repenser en profondeur les périmètres irrigués collectifs, au-delà de la simple rénovation des ouvrages. À travers le jeu sérieux ARIHA, l’analyse de terrain et l’évaluation du « coût de l’inaction », les participants co-construisent des solutions adaptées à leur territoire.
Formation maîtrise d’ouvrage
Face aux enjeux de restructuration des sociétés d’aménagement et de gestion de l’irrigation, le COSTEA propose une formation pratique au pilotage de projets hydro-agricoles. Une première session réunit en Mauritanie des cadres de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, avec un accompagnement dans la durée jusqu’à un an après la formation.
Pourquoi les Sociétés d’Aménagement et de Gestion de l’Irrigation en Afrique de l’Ouest ?
Les Sociétés d’Aménagement et de Gestion de l’Irrigation (SAGI) sont un acteur majeur de l’irrigation en Afrique de l’Ouest. Elles servent de relais entre les ministères sectoriels en charge de l’irrigation des pays et les irrigants dans les grands périmètres dits « publics » qui sont généralement cogérés par les SAGI (administration de l’irrigation) et les usagers souvent organisés en associations et/ou groupements de producteurs.
Les SAGI sont les héritières d’une longue histoire commencée à la période coloniale ou à l’indépendance des pays africains. Elles ont vu leurs missions évoluer de façon significative au cours du temps, notamment du fait des critiques dont elles ont fait l’objet en ce qui concerne leurs capacités à gérer les périmètres dont elles avaient la charge afin de soutenir le développement d’une agriculture irriguée productive tout en étant consommatrice efficiente de ressources en eau. Il s’agit aujourd’hui de mener des réflexions collectives sur le futur de ces organisations et de réinventer la place à leur donner dans un secteur en profonde mutation.
Que faisons-nous ?
Depuis le début du COSTEA en 2013, nous participons et facilitons le travail de réflexion mené entre 11 SAGI dans 6 pays de l’Initiative pour l’Irrigation au Sahel (BAGREPOLE et AMVS au Burkina Faso, Office du Niger, ODRS, OPIB et ORS au Mali, SONADER en Mauritanie, ONAHA au Niger, SAED et SODAGRI au Sénégal, et ANADER au Tchad), les agriculteurs-irrigants et leurs organisations, les collectivités locales (communes), les structures professionnelles et les ONG impliquées dans l’agriculture irriguée, et intervenant dans les zones d’action de ces 11 SAGI.
Les structures publiques, maîtres d’ouvrages et gestionnaires des grands systèmes hydroagricoles, et leurs partenaires sur ces territoires peuvent ainsi se doter des méthodes et des outils qui leur permettent d’être des acteurs majeurs de l’Initiative pour l’Irrigation au Sahel, et ainsi de contribuer significativement à l’atteinte des objectifs de la Déclaration de Dakar d’octobre 2013.
Nous étudions spécifiquement 4 thématiques :
Pourquoi les services aux irrigants ?
La réflexion sur les services aux irrigants s’inscrit dans le cadre plus large des services aux agriculteurs mis en œuvre pour consolider la capacité productive de ces derniers et favoriser la pérennité et le développement de leur exploitation.
L’offre en services aux irrigants comprend un certain nombre d’outils génériques ayant pour objet de répondre à l’enjeu de sécurisation du potentiel productif des agriculteurs irrigants. Ces outils sont de nature technique, informationnelle, organisationnelle et institutionnelle, commerciale, intégrés dans le cadre de politiques agricoles. Ils peuvent se décliner opérationnellement sous la forme de formations, d’expérimentations, d’organisations, de règles venant contrebalancer les contraintes propres au développement de l’agriculture irriguée. Selon les contextes géographiques et historiques et selon le type d’exploitation, les besoins des producteurs ne sont pas toujours les mêmes.
Que faisons-nous ?
Nous voulons proposer un schéma global de formulation et d’organisation des appuis aux agriculteurs sur les politiques d’irrigation, de façon à en maximiser l’impact. Notre action se base sur 4 étapes successives :
Nos terrains d’études sont le Maghreb (Tunisie) et l’Asie du Sud-Est (Cambodge).
Cette action, lancée en septembre 2020, a été confiée au groupement IRAM/Artefact/BICHE et s’est achevée en avril 2022.
Pourquoi la valorisation agricole et l’aménagement des zones de bas-fonds et petites plaines inondables en Afrique de l’Ouest ?
Les zones de bas-fonds tropicaux constituent un milieu particulier, avec de fortes potentialités de valorisation agricole en lien avec des disponibilités en eau, de fertilité et de nombreuses fonctions écosystémiques. Outre leur potentiel agricole, les bas-fonds assurent diverses fonctions économiques, écologiques et sociales.
Riches en biodiversité, ces zones jouent un rôle important pour le pâturage en toutes saisons, la fourniture de bois et produits de cueillette et l’alimentation en eau du bétail, des usages domestiques et artisanaux. Ils contribuent fortement à la sécurité alimentaire et la stabilisation monétaire des ménages. Pourtant moins d’un tiers de ces zones stratégiques représentant environ une dizaine de millions d’hectares en Afrique est actuellement cultivé. Les bas-fonds présentent en effet des contraintes spécifiques liées à leur taille réduite, à une ressource en eau irrégulière et présentant des risques d’inondation. Ces particularités ont des implications sur les modes d’intervention du développement et les choix d’aménagement à proposer et militent pour une approche d’ingénierie renouvelée. Ces constats fondent notre choix d’avoir une action traitant des bas-fonds en Afrique de l’Ouest.
Que faisons-nous ?
À partir de la capitalisation d’expériences, nous tendons à produire de nouvelles connaissances afin d’améliorer les programmes et projets d’aménagement de bas-fonds. Nous visons particulièrement une meilleure compréhension de la diversité des situations de bas-fonds comme par exemple les caractéristiques intrinsèques du bas-fonds dans son bassin versant, les modèles d’aménagements ou les systèmes de production et filières.
Nous nous focalisons également sur les aspects socio-organisationnels tels que le montage institutionnel des projets ou l’enchevêtrement des organisations sociales, le compromis entre développement agricole et multiusages des ressources des bas-fonds.
Nos zones d’études sont les zones de bas-fonds et petites plaines inondables en Afrique de l’Ouest. Un consortium CIRAD/INSUCO/IRD a été recruté comme prestataire. Cette action a été lancée en septembre 2021, ces travaux sont en cours de finalisation.
Pourquoi les analyses économiques des projets d’irrigation ?
Notre engagement sur cette thématique résulte de deux constats principaux :
Que faisons-nous ?
Un de nos groupes de travail s’est emparé des questionnements de nature économique relatifs à l’irrigation et, plus particulièrement, oriente ses réflexions autour des rôles et des manières de mener les analyses économiques de projets d’irrigation. Actuellement une étude est lancée sur la capitalisation et les recommandations pratiques pour la conduite d’analyses économiques ex-ante adaptées à la typologie des projets hydro-agricoles.
Webinaire COSTEA de présentation du guide économique – 31 mai 2022
Pourquoi les innovations en systèmes irrigués ?
L’innovation constitue un des moteurs du développement économique des territoires. Elle est souvent le fruit d’une initiative locale résultant d’une réponse à une contrainte (adaptation/résilience) ou à une opportunité économique et a pour effet l’amélioration de la performance ou de la résilience du système de production irrigué.
Elle peut ainsi prendre la forme d’une innovation technique, économique et/ou sociale endogène à un territoire ou d’une appropriation/adaptation locale d’une technologie ou de bonnes pratiques exogènes. À une autre échelle, on peut aussi considérer les innovations institutionnelles ayant eu des conséquences positives directes (observables ou mesurables) sur les systèmes irrigués.
Que faisons-nous ?
Nous avons lancé un 1er appel à contributions – « appel à innovations » – afin de recueillir un premier lot de propositions d’innovations qui seront analysées par une commission de relecture constituée de membres du COSTEA. Une gratification de 500 € a été versée aux projets retenus pour finaliser des fiches publiées sur notre site.