Jordanie : face au stress hydrique, renforcer la réutilisation sûre des eaux usées traitées en agriculture

Le COSTEA, AdaptAction et l’Autorité jordanienne de l’eau réunissent à Amman une vingtaine d’acteurs de huit pays pour une formation régionale du 13 au 17 septembre

Du 13 au 17 septembre 2026 à Amman, le Comité scientifique et technique de l’eau agricole (COSTEA) avec l’appui du programme AdaptAction de l’AFD co-financé par l’Union européenne, en partenariat avec l’autorité jordanienne de l’eau (WAJ) du Ministère de l’eau et de l’irrigation, réunissent lors d’un atelier régional une vingtaine de professionnels de huit pays (l’Algérie, l’Égypte, le Liban, le Maroc, la Palestine, la Syrie et la Tunisie, ainsi que la Jordanie) pour échanger des expériences et diffuser des connaissances scientifiques fondées sur l’approche « multi-barrières », promue par l’Organisation Mondiale de la Santé. L’objectif : renforcer la gestion des risques liés à la réutilisation des eaux usées traitées en agriculture. Une pratique stratégique dans un contexte de raréfaction croissante de la ressource en eau et d’adaptation au changement climatique.

Visite de terrain, zone sud d'Amman

La REUT, un enjeu majeur face à la raréfaction de la ressource en eau

Face au changement climatique, de nombreux pays sont confrontés à une pression croissante sur leurs ressources hydriques. La réutilisation des eaux usées traitées (REUT) constitue une solution pour diversifier les ressources disponibles pour lirrigation et renforcer la résilience des systèmes agricoles.

Son développement implique cependant de maîtriser les risques sanitaires et environnementaux et de prendre en compte, au-delà des seules infrastructures de traitement, les pratiques agricoles, les usages, les cadres réglementaires, la gouvernance et les responsabilités des différents acteurs.

Cest dans cette perspective que le COSTEA développe depuis plusieurs années des travaux consacrés à la REUT et à la mise en œuvre de lapproche multi-barrières, promue par lOrganisation mondiale de la Santé.

Cette formation constitue une nouvelle étape du processus de diffusion de connaissances scientifiques promues par le COSTEA.

Avec lappui de lAgence française de développement et notamment de son programme AdaptAction, une première session de cette formation sest tenue en Tunisie en novembre 2025. Elle a permis de tester les contenus pédagogiques, les méthodes danimation et lutilisation de loutil AMBRE – Approche Multi-Barrières pour la REutilisation de leau, développé par lINRAE en partenariat avec lAgence de leau Rhône Méditerranée Corse et Ecofilae.

La réutilisation de l’eau, un enjeu stratégique pour la Jordanie

Forte des enseignements de cette première expérience, la session organisée à Amman permet aujourd’hui d’adapter cette démarche au contexte jordanien et de poursuivre les échanges entre pays autour de la mise en œuvre opérationnelle de la REUT. Un enjeu particulièrement stratégique en Jordanie, où la réutilisation des eaux usées traitées occupe une place croissante dans les politiques de gestion de la ressource en eau, notamment à travers la Stratégie Nationale de l’Eau, qui prévoit notamment une augmentation du recours aux eaux usées traitées pour l’irrigation de 70% en 2040 par rapport à 2021 (de 164 à 279 millions de m3), tout en renforçant les dispositifs de gestion des risques sanitaires et environnementaux.

Animation et outil de l'outil AMBRE, dédié à l'approche multi-barrières

L’ingénieur Hamza Al-Qudah, directeur de la division REUT au sein de l’Autorité de l’eau, a déclaré que le secteur de l’eau en Jordanie s’efforce de mettre en place une gestion intégrée des ressources en eau et d’accroître le recours à l’eau traitée, pilier fondamental pour relever les défis liés à la pénurie d’eau, conformément à la Stratégie nationale de l’eau (2023-2040).

Marwan Saad, chargé de programme à la Délégation de l’Union européenne en Jordanie, a réaffirmé l’engagement de l’Union européenne en faveur du développement des secteurs de l’eau dans toute la région Méditerranée. Guillaume Merere, responsable de la division Eau et Énergie à l’Agence française de développement (AFD), a également rappelé l’engagement de l’agence à soutenir des projets visant non seulement à fournir une eau de haute qualité, mais aussi à réutiliser cette eau dans le secteur agricole et à promouvoir une gestion rationnelle des eaux traitées.

Mme Ehssan Al-Meknassi, coordinatrice régionale Méditerranée du COSTEA, a présenté les objectifs de l’initiative et son rôle dans l’amélioration de l’efficacité de la gestion de l’eau à des fins agricoles.

Cette deuxième session intervient dautre part à quelques semaines du 26e Congrès mondiale de la commission internationale de lirrigation et du drainage (ICID), qui se tiendra à Marseille du 12 au 17 octobre 2026 auquel participera la Jordanie pour la première fois, en tant qu’État observateur du COSTEA.