Depuis quatre ans et demi, le groupe de travail « Eau Agricole », de la Commission Agriculture et Alimentation (C2A) de Coordination Sud, travaille pour construire et diffuser un argumentaire en faveur de l’accès à l’eau des agriculteurs paysans des pays en développement. Dans une conjoncture climatique délicate, l’eau devient de plus en plus une ressource rare. Les instances, nationales ou internationales, concernées sont amenées à mieux gérer cette ressource et à la partager le plus équitablement possible.

L’eau agricole représente l’eau utilisée pour la production végétale ou animale. L’agriculture est le premier consommateur d’eau douce au monde, avec environ 70 % des quantités totales prélevées. L’usage de cette eau par l’agriculture engendre des externalités négatives et positives, le plus souvent vis-à-vis de l’environnement. L’agriculture familiale joue un rôle primordial dans la sécurité alimentaire mondiale. Avec près de 500 millions d’exploitations agricoles, elle constitue la première forme d’agriculture dans le monde. Elle contribue à la production de plus de 60 % de la production alimentaire dans le monde. Face à ce constat, il serait important de garantir le droit d’accès à l’eau pour les agriculteurs familiaux du Sud.

L’objectif de ce présent travail est d’évaluer l’efficience économique de l’usage de l’eau agricole par les agricultures paysannes. Afin d’atteindre cet objectif, des cas d’études issues de différents organismes et structures (ONG, Instituts de recherche, Instances internationales) ont été analysés. Les résultats qui ressortent de ces cas d’études (du moins certains), montrent que les agricultures familiales font un usage raisonné de l’eau, et sont créatrices de valeur ajoutée quand elles ont accès à cette ressource, ce constat va à l’encontre de l’idée, parfois avancée, comme quoi les agricultures familiales en tendances à mal gérer l’eau qu’elles utilisent.

Le travail a consisté à évaluer l’impact des nouvelles dynamiques foncières sur la gestion de l’eau dans la zone de production de M’Béwani en zone Office du Niger, au Mali, et proposer des solutions d’amélioration.

Les dynamiques sont premièrement l’arrivée de nouveaux investisseurs suite à l’appel fait par l’Etat malien et deuxièmement le développement des pratiques informelles. Afin d’atteindre cet objectif, nous avons effectué des enquêtes de terrain sur un échantillon d’acteurs du monde rural : les exploitations agricoles en fonction du statut (exploitations familiales et détenteurs de baux), la taille de la superficie exploitée (petite, moyenne ou grande) et des responsables maliens des structures de développement rural (agents de l’Office du Niger et du CRRA) intervenant dans la zone.

De l’analyse des résultats obtenus des enquêtes, il ressort que :

  • Seule l’arrivée de l’investisseur COVEC a été un facteur prépondérant dans le développement des pratiques informelles dans la zone de production de M’Béwani;
  • Il existe une mauvaise gestion de l’eau due au mauvais entretien des réseaux. cela se remarque chez les attributaires officiels de l’Office du Niger et les nouveaux acteurs (sous-locataires) ;
  • Les exploitants développent des pratiques informelles pour plusieurs raisons (besoins familiaux, pressions foncières, qualité des aménagements…), certaines de ces pratiques impactent négativement la gestion de l’eau.

Des solutions allant du changement de comportement des agriculteurs à l’application et/ou la révision des textes et lois régissant la terre en zone Office du Niger peuvent réduire ou circonscrire les pratiques informelles néfastes.

Crée en 1932 et situé au coeur du delta central du Niger en République du Mali, l’Office du Niger (ON) est l’un des plus grands et des plus anciens périmètres irrigués ouest – africains avec près de 112 000 ha aménagés et exploités. La présente étude a porté sur les liens entre les ressources Terre et Eau qui existent dans cette zone, plus précisément à Niono. Elle vise à évaluer l’impact des dynamiques foncières actuelles sur la gestion de l’eau.

Les différents villages enquêtés ont été choisis de manière à couvrir la diversité de la zone en termes de rendements et d’aménagements. Les critères de choix de l’échantillon ont été basés sur les statuts (résident, non-résident) et sur la taille des exploitations (petite ; moyenne et grande).

Il ressort de cette étude que la pression démographique et l’état d’aménagement des parcelles sont les principales causes des dynamiques foncières actuelles qui sont entre autres la sous – location, la location, la vente et l’achat de terre. Ces dynamiques foncières sont qualifiées de pratiques informelles au regard des textes de l’ON.

Plus développées dans les petites et les moyennes exploitations, ces pratiques ont un impact direct sur : l’irrigation, le drainage, l’entretien du réseau tertiaire et le partage de l’eau dans cinq (5) des huit (8) villages enquêtés.

L’étude a également révélé la mauvaise volonté de certains exploitants résidents et non – résidents pour l’entretien du réseau tertiaire et la responsabilité de ceux – ci dans le retard accusé dans les travaux d’entretien de l’ON. Des problèmes de gouvernance ont pu être identifiés, notamment le silence de l’ON face au développement des pratiques informelles et sa responsabilité dans les insuffisances de gestion de l’eau.

La présente étude est financée par l’Association Française de l’Eau, de l’Irrigation et de Drainage (AFEID) dans le cadre du COSTEA. Il a été menée dans le périmètre irrigué de Tadla, plus précisément au niveau du secteur pilote (4045 ha) du projet de reconversion de l’irrigation gravitaire à l’irrigation localisée.
Les objectifs de ce travail consistent à une étude critique de la démarche utilisée pour le choix de l’équipement interne des exploitations faisant partie de ce secteur, une évaluation des critères de performance de l’irrigation à l’échelle de l’exploitation agricole et une appréciation de l’impact de l’irrigation localisée sur les prélèvements à partir de la nappe. La démarche adoptée pour effectuer ce travail consiste en :

  • La collecte des données à travers des entretiens avec les responsables et agents de l’ORMVAT et de l’assistance technique aux agriculteurs de la zone de reconversion, d’une part et les enquêtes réalisées auprès des agriculteurs, des AUEA et des sociétés d’installation du matériel d’irrigation, d’autre part ;
  • La mesure et le calcul des paramètres hydrauliques pour l’évaluation des performances des exploitations ;
  • L’inventaire exhaustif des points de prélèvement à partir de la nappe et estimation des volumes pompés au niveau du secteur pilote.

L’étude a révélé que :

D’après les enquêtes réalisées auprès d’un échantillon d’agriculteurs du secteur pilote, une grande partie des exploitants (79 %) n’a aucune connaissance du système d’irrigation localisée et 20% des agriculteurs ont exprimé leurs craintes vis-à-vis de la commercialisation de leurs produits agricoles après la reconversion ;

  • A la base des spéculations pratiquées, les volumes apportés par campagne agricole différent selon la technique d’irrigation, le volume moyen apporté sous gravitaire est de 14094 m3/ha contre un volume moyen de 9010 m3/ha sous goutte à goutte ;
  • Le volume annuel prélevé à partir de la nappe à l’échelle du secteur pilote (4045 ha) est estimé à 10.43 Mm3.
  • Les prélèvements prévisibles à partir de la nappe après la reconversion en cas d’anomalies permanentes dans le réseau et d’augmentation du prix du m3 d’eau seront estimés à 9.54 Mm3.

Le développement du marché du faire-valoir indierct, dans la plaine de Kairoaun en Tunisie, illustre l’adaptation des acteurs à leurs contraintes locales en termes d’accès au foncier, à l’eau et au capital, essentiellement.
Les opportunités d’accès à l’eau souterraine et le développement des cultures irriguées destinées au marché local et étranger ont augmenté la valeur marchande de la terre, induisant une forte pression sur celle-ci. Cette dynamique a conduit à l’ouverture d’un large éventail de droits de transfert provisoire des terres par une multiplicité d’arrangements contractuels. Notre travail avait pour objectif de caractériser ces arrangements, comprendre les logiques des acteurs qui les portent et appréhender l’évolution de quelques trajectoires d’acteurs.

Par une démarche systémique et une analyse de diagnostic agraire, réalisées à l’échelle d’une petite localité agricole de Kairouan, la commune de Chbika, nous apportons des éclairages sur les principales pratiques contractuelles agraires qui régissent actuellement l’essentiel des échanges autour du foncier.

Nous montrons que ces pratiques s’articulent essentiellement autour de plusieurs figures du métayage et de la location. Nous détaillons ensuite les différentes règles et facteurs qui régissent et déterminent ces arrangements et les différentes logiques des acteurs selon qu’il s’agisse des preneurs ou des cédants.

Nous mettons également en évidence les anciens arrangements qui ont perdu de leur importance, ou disparus (mgharssa, mouzarâa).

Enfin, nous apportons quelques élements de réponse sur l’évolution de ces arrangements à travers l’analyse de quelques trajectoires d’acteurs par les « récits de vie ». Nous vérifions ainsi dans ce travail l’hypothèse principale d’émergence d’un marché du faire-valoir indirect, diversifié et dynamique, comme principal régulateur de l’accès au foncier et le rôle de l’accès à l’eau souterraine dans son développement.

Les périmètres de grande hydraulique au Maroc utilisent pour l’essentiel l’irrigation gravitaire ou l’aspersion. Dans ces périmètres, plusieurs projets pilotes de reconversion collective à l’irrigation localisée sont en cours. Nous avons mené une étude sur la participation des agriculteurs à la conception d’un projet pilote dans le périmètre du Tadla.
Le projet ne prévoyait pas initialement de gérer l’aménagement de l’irrigation localisée au niveau des parcelles, mais cet aspect a été inclus par la suite. Les associations d’usagers de l’eau ont été redynamisées, avec notamment la nomination de chefs de bloc, qui doivent jouer le rôle d’intermédiaires entre les agriculteurs et le conseil d’administration. De nombreuses réunions d’information et de coordination ont été organisées. Ces différentes initiatives ont permis une bonne qualité de dialogue entre une minorité d’agriculteurs et les acteurs de développement en charge du projet.

Cependant, une majorité d’agriculteurs n’ont pas ou peu participé aux réunions et aux visites de formation sur l’irrigation localisée, et ce, pour trois principales raisons :

  1. une majorité des exploitations enquêtées sont gérées par plusieurs héritiers qui exploitent de façon indépendante des lots séparés, mais utilisent la même borne et ainsi sont peu visibles pour l’administration ;
  2. l’absence de définition initiale d’une méthode explicite pour s’assurer d’une large participation ;
  3. le rôle limité qu’a joué les associations d’irrigants dans la circulation de l’information. Malgré ces limites, l’expérience a aussi été un lieu important d’apprentissage pour l’ensemble des acteurs, avec une amélioration progressive des conditions et résultats de la participation des agriculteurs.

Le manque d’entretien des réseaux de drainage de surface et de subsurface est à la base de nombreux dysfonctionnements et de la faiblesse des rendements sur les systèmes irrigués de l’Afrique de l’Ouest. Ainsi pour mettre en exergue, de façon pratique et statistiquement argumentée, le point de vue de l’exploitant sur la nécessité du réseau de drainage et les facteurs qui peuvent inciter à son entretien perpétuel, une étude sur la perception de l’entretien du réseau de drainage et sa solution selon les agriculteurs a été menée.

La zone d’étude, d’une superficie de 1347 ha, est la partie amont du périmètre irrigué de Baguinéda constituée par 1849 parcelles de 0.63±0.025 ha en moyenne, et située à 30 km de Bamako, la capitale du Mali. A base d’un échantillon aléatoire stratifié, 48 enquêtes de terrain, utilisant le WASO qui est un outil de calculet d’enquête, ont été menées. La performance actuelle du réseau de drainage a été appréciée par les mesures des 2 drains tertiaires et 1 drain secondaire. 25 mesures d’infiltration du sol, sur 11 parcelles réparties sur toute la zone de Baguinéda Amont, ont permis de cerner le lien entre la perméabilité du sol et l’entretien des drains.

Les résultats d’enquêtes ont montré que les obstacles prioritaires à l’entretien des drains par ordre d’importance sont entre autre i) le manque de coordination entre les voisins sur un même drain tertiaire, ii) la frustration liée àl’insuffisance de l’eau pour l’irrigation, qui induit les barrages et les puits dans les drains (254puits/1374ha), et iii) le manque d’équipements adéquats. Il est ressorti que la culture duriz, préférée par les paysans, n’incite pas à l’entretien des drains. Par ailleurs, il est apparu qu’une bonne performance de production peut inciter à l’entretien, et qu’une petite tailled’exploitation démotive à entretenir les drains. Les agriculteurs ont souligné que la formation, l’appui organisationnel à l’entretien du réseau de drainage afin de faciliter le travail en commun,et les bons équipements sont les meilleures solutions aux problèmes d’entretien des drains.

Le défaut d’entretien des drains est la principale cause de la dégradation des sols et de la baisse de la productivité. Pourtant, la perception du paysan sur la question demeure encorepeu analysée. Cette étude est menée dans le cas des secteurs 3 et 4 des 3080 ha de terres aménagées de Baguinéda (OPIB), au Mali (Afrique de l’Ouest). Elle vise à contribuer àl’amélioration de la performance et de la durabilité de l’aménagement.

Afin d’atteindre cet objectif, des enquêtes ont été réalisées suivant le principe du WASO, outil conçu à partir duboulier Japonais ou Soroban et du jeu Africain Awalé. Suivant la méthode d’échantillonnage aléatoire, stratifié et proportionnel (STP), la population étudiée a été subdivisée en 2 strates(selon le statut), puis chaque strate a été subdivisée en 2 sous strates (selon les risques d’inondations). Ainsi, un échantillon de taille 48 paysans a été prélevé sur les 1754 paysans dela population. Le test d’ANOVA à un facteur et dans certains cas les tests du signe, de Kruskall-Wallis et / ou de Mann-Whitney ont été appliqués. Les avis des paysans ont étéconfrontés à ceux des cadres de l’OPIB pour une analyse critique.

Pour mieux cerner l’inquiétude des paysans quant aux pertes par percolation liées à l’infiltration élevée du sol,des mesures de perméabilité ont été réalisées en vue de déterminer la capacité d’infiltration des sols. Les points de mesure ont été choisis prioritairement sur les parcelles signaléescomme trop filtrantes par les paysans et de façon à couvrir l’étendue de la zone.

Il est ressorti que la culture du riz, les désaccords entre les paysans, le manque d’équipements, les mauvaisrendements, les petites tailles d’exploitation et l’ignorance des paysans sont des obstacles à l’entretien des drains selon les paysans. Par ailleurs, le manque d’eau, amplifié parl’infiltration trop élevée du sol (22,13±6,87 mm/j), induit des mauvaises pratiques telles que : l’utilisation des drains pour irriguer en y construisant des barrages et en y creusant de puits(417 puits/1733 ha). Par conséquent, une bonne gestion de l’eau, la formation, l’appui organisationnel, des équipements adéquats et une franche collaboration sont des solutions dupoint de vue des paysans. Mais cela nécessite des moyens financiers conséquents et une communication fluide entre les exploitants, les agents et la Direction.

Le modèle de Transfert de Gestion de l’Irrigation aux usagers pose comme hypothèse que la gestion participative des périmètres est garante de la pérennité d’un système irrigué. Les diagnostics existants réalisés dans le pays montrent pourtant des résultats discutables tant pour l’état de l’infrastructure que pour la situation financière des groupements d’usagers.

Face à ce constat, les études de cas nous montrent que le concept d’action collective, tel qu’il est conçu par la littérature scientifique, ne se transpose pas réellement aux pratiques des usagers dans un système lao fortement hiérarchisé. Cependant, l’analyse de la viabilité financière des périmètres montre qu’en renforçant les capacités de gestion et l’autorité des acteurs institutionnels à l’échelle locale, les usagers peuvent financer les coût d’opérations et d’entretien de l’infrastructure.

Les résultats montrent également que la plus-value des productions rizicoles n’est pas assez élevée pour envisager l’autosuffisance totale des systèmes à l’heure actuelle. Le modèle de gestion, tel que appliqué à l’échelle du district, est donc davantage relatif au PIM qu’à l’TGI. L’enjeux du TGI semble avant tout politique, comme le montre l’été actuel des financements.

Cette étude constitue une analyse historique des unions hydrauliques du delta du fleuve Sénégal, depuis le transfert des aménagements en 1990 jusqu’à 2014.

L’objectif de cette étude est d’analyser le fonctionnement et l’évolution des rôles de ces unions mais surtout de décortiquer la redevance hydraulique et son utilisation réelle. Elle vise aussi à éclaircir la rentabilité financière des activités rémunératrices développées par les unions. Elle s’interroge aussi à l’offre de service qu’a bénéficié les unions depuis le transfert et quel bilan tiré trente années après le transfert