Dans le delta du fleuve Sénégal, une dynamique collective s’est récemment mise en mouvement autour des enjeux d’irrigation et de transition agroécologique. À l’initiative du COSTEA, un stage collectif a réuni pendant une semaine étudiants, chercheurs et acteurs institutionnels autour d’un objectif commun : comprendre les réalités de terrain pour mieux accompagner la transformation des systèmes irrigués.
Ce dispositif s’inscrit dans une démarche structurante du COSTEA : croiser les regards entre science, terrain et action publique. Concrètement, il mobilise des étudiants en fin de cursus de L’Institut Agro Montpellier et de l’Université Gaston Berger, aux côtés de partenaires techniques nationaux comme la SAED (Société Nationale d’Aménagement et d’Exploitation des Terres du Delta du Fleuve Sénégal et des Vallées du Fleuve Sénégal et de la Falémé) et l’ISRA (Institut Sénégalais de Recherches Agricoles).
Une immersion au cœur des territoires irrigués
Pendant cette semaine de terrain dans la région de Saint-Louis, les équipes ont conduit un diagnostic approfondi sur plusieurs périmètres irrigués, notamment à Dagana et autour du lac de Guiers.
Objectif : analyser les pratiques agricoles, les modes de gestion de l’eau, les choix d’aménagement hydraulique, ainsi que les dynamiques économiques et sociales à l’œuvre.
Ce travail a permis d’identifier des situations contrastées :
- des périmètres anciens en cours de réhabilitation, structurés autour de réseaux gravitaires collectifs
- des zones plus récentes, où les pratiques d’irrigation sont plus individuelles et moins régulées
Au-delà des infrastructures, c’est l’ensemble du système territorial qui a été interrogé : organisation des acteurs, règles de gestion de l’eau, intégration aux filières agricoles, ou encore trajectoires d’évolution des exploitations.

Ce stage collectif a mobilisé étudiants, chercheurs et partenaires techniques nationaux. ©ISRA
Des enseignements pour penser la transition agroécologique
Les résultats de ce stage constituent une première étape dans une étude plus large portée par le COSTEA sur la réingénierie des périmètres irrigués, dont la prochaine phase débutera courant avril au Sénégal. Cette étude sera également menée au Cambodge, un des 8 États-membres du COSTEA).
Le diagnostic effectué lors de cette semaine de terrain a déjà permis de choisir les zones qui seront concernées pour cette étude : Dagana A, Dagana B, Mbilor, Keur Mbaye et le Lac de Guiers.
Ces résultats mettent en lumière plusieurs enseignements clés :
- la nécessité d’articuler infrastructures hydrauliques et pratiques agricoles
- l’importance des dimensions sociales et organisationnelles dans la gestion de l’eau
- le rôle des territoires comme échelle pertinente pour penser la transition agroécologique.
Les données collectées viendront alimenter à la fois les futures études du COSTEA et la conception de formations professionnelles dédiées à ces enjeux.
Sans se limiter à une approche académique, cette initiative a généré un intérêt notable à l’échelle locale. La diversité des acteurs impliqués (ISRA, SAED, UGB, Institut Agro) et la visibilité du dispositif témoignent d’un besoin partagé : mieux comprendre les transformations en cours dans les territoires irrigués.
Cet écho ne tient pas uniquement à la production de connaissances, mais à la méthode elle-même — une approche collaborative, ancrée dans les pratiques et orientée vers l’action.

Les équipes ont conduit un diagnostic approfondi sur plusieurs périmètres irrigués (Dagana et autour du lac de Guiers) ©COSTEA
Une approche COSTEA : relier les échelles pour transformer
À travers ce type de dispositif, le COSTEA affirme son positionnement : produire des connaissances utiles, ancrées dans les réalités de terrain, pour éclairer les décisions publiques et accompagner les transformations de l’agriculture irriguée face aux défis climatiques.
Cette approche s’inscrit dans la mission générale du COSTEA, qui organise des groupes de réflexion, des expertises de terrain, des retours d’expériences croisées et des formations sur quatre thématiques principales :
- la réingénierie agroécologique et la gestion des systèmes irrigués collectifs
- la réutilisation des eaux usées pour l’agriculture
- l’atténuation de l’impact de l’agriculture irriguée sur le changement climatique
- la gouvernance territoriale, participative et inclusive de l’eau.
Penser l’irrigation aujourd’hui ne se limite plus à des choix techniques. Il s’agit de concevoir des systèmes capables d’intégrer les dynamiques territoriales, les contraintes environnementales et les besoins des acteurs locaux — dans une perspective de durabilité et de sécurité alimentaire.
Ces discussions seront abordées lors d’un atelier spécifique en juin prochain qui aura lieu au Sénégal, lequel impliquera des experts des ROA-SAGI (Réseau Ouest Africain des Sociétés d’Aménagement et de Gestion de l’Irrigation), acteur majeur de l’irrigation en Afrique de l’Ouest.

Une dynamique collective autour des enjeux d’irrgation et de transition agroécologique ©COSTEA
Créé en 2013, Le COSTEA est un think tank dédié à l’eau pour l’alimentation face aux défis du changement climatique. Il fédère une communauté internationale de réflexion et dʼaction d’expert-es, de scientifiques, de gestionnaires de l’eau agricole, de maîtrises d’ouvrage, de responsables publics et de partenaires techniques et financiers. Il vise à produire, partager et valoriser des connaissances et des recommandations de politiques publiques pour relever les défis de l’agriculture irriguée.





