Dans un contexte de raréfaction croissante des ressources en eau, la région méditerranéenne sest toujours imposée comme un hotspot du changement climatique, où les tensions hydriques affectent directement les systèmes agricoles.

En Tunisie, ces enjeux sont particulièrement importants : la pression sur les ressources conventionnelles, combinée à une forte dépendance de lagriculture irriguée, impose de repenser en profondeur les modèles de gestion de leau.

Dans ce contexte, la réutilisation des eaux usées traitées (REUSE) apparaît comme une réponse stratégique. Considérée dès les années 1990 comme une ressource à part entière, elle sinscrit au cœur des politiques nationales visant à sécuriser laccès à leau, à renforcer la résilience des systèmes agricoles et à accompagner ladaptation au changement climatique.

La REUSE : une réponse systémique à un défi structurel

En Tunisie, la REUSE sinscrit pleinement dans les stratégies nationales de mobilisation des ressources en eau non conventionnelles, aux côtés du dessalement.

Plus qu’une solution strictement technique, elle engage une transformation globale des systèmes hydriques et agricoles, impliquant une chaîne complète dacteurs et de processus :

  • production et disponibilité des volumes deau
  • technologies de traitement
  • gestion et distribution
  • pratiques agricoles et filières
  • acceptabilité sociale et marchés

Mais plusieurs défis persistent car son déploiement repose sur une condition centrale : passer dune approche technique à une approche systémique, intégrant gouvernance, usages, risques et dynamiques territoriales, pour garantir une qualité deau compatible avec les usages agricoles, lever les freins liés à lacceptabilité par les consommateurs, adapter les infrastructures (stockage, pompage, distribution) et coordonner des acteurs issus de secteurs distincts (eau, agriculture, santé).

Le principal enjeu aujourd’hui n’est plus seulement de produire une eau conforme, mais de gérer les risques tout au long de la chaîne de valeur, dans une logique intégrée et multi-acteurs.

LA REUSE : une action structurante du COSTEA dès lorigine

Une de nos 4 thématiques phares : la réutilisation des eaux usées pour l’agriculture (REUSE) ©COSTEA

Dès 2018, le COSTEA sest engagé sur les enjeux de REUSE en Tunisie, faisant progressivement de cette thématique un axe structurant de ses travaux. Retour sur les principales étapes de cette implication :

Phase exploratoire internationale

    • Ateliers inter-pays (notamment à Lyon)
    • Structuration dune première communauté dacteurs autour de la REUSE

Diagnostic national approfondi

    • Analyse des cadres réglementaires et de gouvernance
    • Coordination inter-acteurs : nomination d’un coordonnateur de la SCP (Société Canal de Provence), d’un expert de l’ONAS (Office National de l’Assainissement) et d’un consultant spécialiste en animation participative
    • Benchmark réglementaire et de gouvernance

Travaux territoriaux

    • Études de cas sur deux zones d’études en Tunisie (sites de Souhil à Nabeul et El Hajeb à Sfax) sur deux types de systèmes
    • Dispositifs périurbains à grande échelle
    • Systèmes ruraux décentralisés
    • Organisations d’ateliers

Production et capitalisation

    • Rapports d’étude
    • Atelier de restitution
    • Publications références de bonnes pratiques (Bolivie et Sénégal)
    • Note de positionnement

En tant qu’État membre du Comité de pilotage (COPIL), le pays joue un rôle actif dans lorientation des travaux du réseau, car son positionnement repose sur deux dimensions clés :

  • une priorité politique forte accordée à la REUSE
  • un rôle de pays laboratoire”, capable de produire des retours dexpérience concrets et opérationnels et dancrer les travaux du COSTEA dans des réalités terrain

Dans cette perspective, le pays apparaît comme un terrain dinnovation majeur, dont les enseignements alimentent une réflexion à l’échelle internationale.

Ce que le terrain confirme : cinq enseignements clés

Formation dédiée à l’approche dite “multi-barrières”, visant à sécuriser la REUSE sur le plan sanitaire ©COSTEA

Les travaux du COSTEA, consolidés par les retours dexpérience tunisiens et internationaux, mettent en évidence plusieurs leviers essentiels pour une opérationnalisation réussie de la REUSE :

  1. Penser la REUSE comme un système intégré
    Au-delà du traitement, cest lensemble de la chaîne de valeur qui doit être structuré
  2. Adapter les niveaux de traitement aux usages agricoles
    adapter les niveaux de traitement aux usages agricoles autorisés
  3. Structurer les cadres réglementaires et de gouvernance
    Clarifier les rôles et renforcer la coordination intersectorielle
  4. Intégrer les enjeux dacceptabilité sociale
    Condition clé pour le déploiement à grande échelle
  5. Positionner la REUSE comme levier dadaptation climatique
    Sécurisation de lirrigation, réduction de la pression sur les nappes et barrages

Une formation au cœur de lopérationnalisation : lapproche multi-barrières

La formation a réuni des acteurs divers : décideurs publics, représentants du secteur agricole et formateurs ©COSTEA

Dans la continuité de ces travaux, le COSTEA a organisé en Tunisie en janvier dernier une formation dédiée à lapproche dite multi-barrières”, visant à sécuriser la REUSE sur le plan sanitaire.

Dans une approche pédagogique innovante, la formation sest appuyée sur des visites de terrain sur des sites pilotes, et sur un jeu sérieux, loutil AMBRE, simulant des scénarios de gestion des risques et réunissait des acteurs divers : décideurs publics, représentants du secteur agricole et formateurs

Contrairement à une logique descendante, cette démarche de co-construction opérationnelle et systémique favorise l’appropriation, car elle permet à chaque acteur de contribuer à la définition des solutions.

Les participants ont pu ainsi :

  • Comprendre les risques sanitaires et environnementaux
  • Identifier les voies dexposition
  • Construire des plans de gestion des risques adaptés

La vidéo produite à cette occasion documente cette expérience et met en lumière la complexité des enjeux sanitaires liés à la REUSE et limportance dune approche intégrée et multi-acteurs.

Elle illustre concrètement le positionnement du COSTEA : relier production de connaissances, formation et action publique pour accélérer lopérationnalisation et montre la capacité des dispositifs de formation à transformer les pratiques.

À travers ses travaux en Tunisie, le think tank COSTEA confirme que la REUSE constitue un levier stratégique pour l’avenir de l’irrigation, car elle permettra à terme de sécuriser durablement les ressources en eau, d’accompagner la transition agroécologique et de renforcer la résilience des territoires face au changement climatique.

 

Dans la vallée du fleuve Sénégal, l’irrigation est au cœur des dynamiques agricoles, économiques et territoriales. Face au défi climatique, une conviction s’impose progressivement : transformer les systèmes irrigués ne peut plus relever d’approches cloisonnées.

C’est dans cette perspective que le COSTEA a initié, au Sénégal, un dispositif original de stage collectif d’étudiants en agronomie. Au-delà de sa dimension pédagogique, ce stage relève d’une dynamique plus profonde : celle d’un écosystème d’acteurs en train de se structurer autour d’un objectif commun — réinventer l’irrigation au service de l’agroécologie à l’échelle des territoires.

Un format devenu levier stratégique et une approche qui renouvelle les modes de production de connaissances

Initialement envisagés comme une opportunité pédagogique, le stage collectif s’est rapidement imposé comme un outil stratégique pour le COSTEA.

Pendant un mois, près de 50 étudiants sénégalais de l’Université Gaston Berger et internationaux de l’Institut Agro de Montpellier ont été mobilisés dans un dispositif intensif articulant : une phase de préparation académique, deux semaines d’enquêtes de terrain et une phase de restitution et de production.

Ce format hybride permet de répondre simultanément à trois enjeux structurants, en dépassant une lecture strictement technique de l’irrigation et intégrer pleinement les enjeux d’agroécologie :

  • former une nouvelle génération de professionnels
  • produire des connaissances empiriques à grande échelle
  • alimenter, à long terme, les réflexions en matière de politiques publiques

Avec 10 groupes d’enquête déployés simultanément sur le terrain, les données collectées offrent une lecture fine et ancrée des réalités agricoles — au plus près des pratiques des agriculteurs et des enjeux de gestion de l’eau. 

Ce qui distingue ces stages d’une expertise classique tient à la nature même du dispositif. Ici, le temps long, l’intensité du travail collectif et la diversité des profils mobilisés permettent :

  • de croiser des regards académiques, techniques et empiriques,
  • d’introduire des approches analytiques issues des systèmes agraires,
  • de faire émerger des questionnements nouveaux, portés par des profils encore peu formatés

Stage collectif : une approche originale pour produire des connaissances ©ISRA-BAME

Le COSTEA, catalyseur d’un écosystème d’acteurs

Au cœur de cette dynamique, le COSTEA joue un rôle clé : celui de facilitateur et de connecteur.

Le stage a permis de fédérer des acteurs renforçant les interactions entre :

  • la SAED, opérateur clé de l’aménagement irrigué, fortement impliqué dans la logistique et l’encadrement technique
  • lISRA, qui renforce ses travaux sur l’agroécologie des systèmes irrigués ;
  • lUniversité Gaston Berger et LInstitut Agro Montpellier, réunis pour la première fois autour d’un dispositif commun de formation.

Cette coordination, de la préparation à la restitution, a permis de structurer un dialogue inédit entre institutions académiques, recherche et acteurs opérationnels et l’un des apports majeurs du dispositif réside dans sa capacité à créer des liens durables.

Les interactions nouées pendant le stage constituent aujourd’hui un socle pour les prochaines étapes du COSTEA :

  • mobilisation des acteurs dans l’étude sur la réingénierie agroécologique des périmètres irrigués, qui démarre en avril
  • implication renforcée des partenaires dans les dispositifs de formation
  • structuration d’un réseau d’experts à l’échelle ouest-africaine.

Cette continuité se matérialisera notamment lors d’un atelier régional prévu en juin 2026 au Sénégal, réunissant des experts des sociétés d’aménagement d’Afrique de l’Ouest.

Sénégal : l’irrigation au coeur des dynamiques agricoles ©Mouhamadou Dièye, ISRA-BAME

Des enseignements clés pour la transition agroécologique

Le diagnostic réalisé sur les périmètres de Dagana et du lac de Guiers met en lumière plusieurs enseignements majeurs qui vont alimenter une réflexion plus large sur les conditions d’une transition agroécologique adaptée aux systèmes irrigués :

  • Autonomisation des agriculteurs dans la gestion de leau
     Un levier identifié pour améliorer la résilience des systèmes, tout en posant la question du rôle des opérateurs techniques dans la gestion et la maintenance des infrastructures.
  • Diversification des systèmes de culture
     Déjà présente sur le terrain, la diversification ouvre des perspectives pour sortir de la monoculture du riz et intégrer des pratiques agroécologiques.
  • Intégration agriculture–élevage
     Une piste clé pour renforcer la durabilité des systèmes de production.
  • Rôle central des femmes
     Malgré un accès limité au foncier, les dynamiques collectives féminines — notamment via des coopératives regroupant plusieurs milliers d’agricultrices — apparaissent comme un levier stratégique de transformation.

À travers ce dispositif, le COSTEA confirme son positionnement : faire dialoguer savoirs scientifiques, expertise de terrain et décision publique pour accompagner la transformation des systèmes irrigués.

Dans le delta du fleuve Sénégal, une dynamique collective sest récemment mise en mouvement autour des enjeux dirrigation et de transition agroécologique. À linitiative du COSTEA, un stage collectif a réuni pendant une semaine étudiants, chercheurs et acteurs institutionnels autour dun objectif commun : comprendre les réalités de terrain pour mieux accompagner la transformation des systèmes irrigués.

Ce dispositif sinscrit dans une démarche structurante du COSTEA : croiser les regards entre science, terrain et action publique. Concrètement, il mobilise des étudiants en fin de cursus de LInstitut Agro Montpellier et de lUniversité Gaston Berger, aux côtés de partenaires techniques nationaux comme la SAED (Société Nationale d’Aménagement et d’Exploitation des Terres du Delta du Fleuve Sénégal et des Vallées du Fleuve Sénégal et de la Falémé) et lISRA (Institut Sénégalais de Recherches Agricoles). 

Une immersion au cœur des territoires irrigués

Pendant cette semaine de terrain dans la région de Saint-Louis, les équipes ont conduit un diagnostic approfondi sur plusieurs périmètres irrigués, notamment à Dagana et autour du lac de Guiers.
Objectif : analyser les pratiques agricoles, les modes de gestion de leau, les choix daménagement hydraulique, ainsi que les dynamiques économiques et sociales à l’œuvre.

Ce travail a permis didentifier des situations contrastées :

  • des périmètres anciens en cours de réhabilitation, structurés autour de réseaux gravitaires collectifs
  • des zones plus récentes, où les pratiques dirrigation sont plus individuelles et moins régulées

Au-delà des infrastructures, cest lensemble du système territorial qui a été interrogé : organisation des acteurs, règles de gestion de leau, intégration aux filières agricoles, ou encore trajectoires d’évolution des exploitations.

Ce stage collectif a mobilisé étudiants, chercheurs et partenaires techniques nationaux. ©ISRA

Des enseignements pour penser la transition agroécologique

Les résultats de ce stage constituent une première étape dans une étude plus large portée par le COSTEA sur la réingénierie des périmètres irrigués, dont la prochaine phase débutera courant avril au Sénégal. Cette étude sera également menée au Cambodge, un des 8 États-membres du COSTEA).

Le diagnostic effectué lors  de cette semaine de terrain a déjà permis de choisir les zones qui seront concernées pour cette étude : Dagana A, Dagana B, Mbilor, Keur Mbaye et le Lac de Guiers.

Ces résultats mettent en lumière plusieurs enseignements clés :

  • la nécessité darticuler infrastructures hydrauliques et pratiques agricoles
  • limportance des dimensions sociales et organisationnelles dans la gestion de leau
  • le rôle des territoires comme échelle pertinente pour penser la transition agroécologique

Les données collectées viendront alimenter à la fois les futures études du COSTEA et la conception de formations professionnelles dédiées à ces enjeux.

Sans se limiter à une approche académique, cette initiative a généré un intérêt notable à l’échelle locale. La diversité des acteurs impliqués (ISRA, SAED, UGB, Institut Agro) et la visibilité du dispositif témoignent dun besoin partagé : mieux comprendre les transformations en cours dans les territoires irrigués.

Cet écho ne tient pas uniquement à la production de connaissances, mais à la méthode elle-même — une approche collaborative, ancrée dans les pratiques et orientée vers laction.

Les équipes ont conduit un diagnostic approfondi sur plusieurs périmètres irrigués (Dagana et autour du lac de Guiers) ©COSTEA

Une approche COSTEA : relier les échelles pour transformer

À travers ce type de dispositif, le COSTEA affirme son positionnement : produire des connaissances utiles, ancrées dans les réalités de terrain, pour éclairer les décisions publiques et accompagner les transformations de lagriculture irriguée face aux défis climatiques.

Cette approche sinscrit dans la mission générale du COSTEA, qui organise des groupes de réflexion, des expertises de terrain, des retours dexpériences croisées et des formations sur quatre thématiques principales :

  • la réingénierie agroécologique et la gestion des systèmes irrigués collectifs
  • la réutilisation des eaux usées pour lagriculture
  • latténuation de limpact de lagriculture irriguée sur le changement climatique
  • la gouvernance territoriale, participative et inclusive de leau

Penser lirrigation aujourdhui ne se limite plus à des choix techniques. Il sagit de concevoir des systèmes capables dintégrer les dynamiques territoriales, les contraintes environnementales et les besoins des acteurs locaux — dans une perspective de durabilité et de sécurité alimentaire.

Ces discussions seront abordées lors d’un atelier spécifique en juin prochain qui aura lieu au Sénégal, lequel impliquera des experts des ROA-SAGI (Réseau Ouest Africain des Sociétés d’Aménagement et de Gestion de l’Irrigation), acteur majeur de l’irrigation en Afrique de l’Ouest.

Une dynamique collective autour des enjeux d’irrgation et de transition agroécologique ©COSTEA

Créé en 2013, Le COSTEA est un think tank dédié à l’eau pour l’alimentation face aux défis du changement climatique. Il fédère une communauté internationale de réflexion et dʼaction dexpert-es, de scientifiques, de gestionnaires de leau agricole, de maîtrises douvrage, de responsables publics et de partenaires techniques et financiers. Il vise à produire, partager et valoriser des connaissances et des recommandations de politiques publiques pour relever les défis de lagriculture irriguée.

 

 

 

 

 

 

 

 

REUSE EUROMED 2024

Toutes les notes de positionnement sont désormais disponibles en anglais, français, espagnol et arabe sur le site du COSTEA Ici

 

Atelier COSTEA / CLISS-PARIIS

Ouagadougou / 14 et 15 Mars 2023 

Flyer de l’atelier 

Atelier COSTEA

Rabat / 15 Mars 2023

Flyer de l’atelier 

 Le COSTEA, un réseau pour la durabilité environnementale et la résilience de l’agriculture irriguée 

Rendez-vous le 28 Février 2023 14h00-15h00 au stand du Cirad et de l’AFD (pavillon 4, allée C, stand N°161) – Mini-conférence en format hybride 

Après une rapide présentation du réseau, des actions, des résultats et des perspectives d’avenir, le COSTEA fera un point sur les chantiers « Appui aux sociétés d’aménagement et de gestion de l’irrigation » et «Valorisation agricole et  Aménagement des bas-fonds » contribuant à la recherche de la sécurité alimentaire au Sahel

Cliquez le lien pour suivre l’évènement en distanciel : Accéder à la conférence en ligne

 

Flyer de l’évènement