Dans la vallée du fleuve Sénégal, l’irrigation est au cœur des dynamiques agricoles, économiques et territoriales. Face au défi climatique, une conviction s’impose progressivement : transformer les systèmes irrigués ne peut plus relever d’approches cloisonnées.

C’est dans cette perspective que le COSTEA a initié, au Sénégal, un dispositif original de stage collectif d’étudiants en agronomie. Au-delà de sa dimension pédagogique, ce stage relève d’une dynamique plus profonde : celle d’un écosystème d’acteurs en train de se structurer autour d’un objectif commun — réinventer l’irrigation au service de l’agroécologie à l’échelle des territoires.

Un format devenu levier stratégique et une approche qui renouvelle les modes de production de connaissances

Initialement envisagés comme une opportunité pédagogique, le stage collectif s’est rapidement imposé comme un outil stratégique pour le COSTEA.

Pendant un mois, près de 50 étudiants sénégalais de l’Université Gaston Berger et internationaux de l’Institut Agro de Montpellier ont été mobilisés dans un dispositif intensif articulant : une phase de préparation académique, deux semaines d’enquêtes de terrain et une phase de restitution et de production.

Ce format hybride permet de répondre simultanément à trois enjeux structurants, en dépassant une lecture strictement technique de l’irrigation et intégrer pleinement les enjeux d’agroécologie :

  • former une nouvelle génération de professionnels
  • produire des connaissances empiriques à grande échelle
  • alimenter, à long terme, les réflexions en matière de politiques publiques

Avec 10 groupes d’enquête déployés simultanément sur le terrain, les données collectées offrent une lecture fine et ancrée des réalités agricoles — au plus près des pratiques des agriculteurs et des enjeux de gestion de l’eau. 

Ce qui distingue ces stages d’une expertise classique tient à la nature même du dispositif. Ici, le temps long, l’intensité du travail collectif et la diversité des profils mobilisés permettent :

  • de croiser des regards académiques, techniques et empiriques,
  • d’introduire des approches analytiques issues des systèmes agraires,
  • de faire émerger des questionnements nouveaux, portés par des profils encore peu formatés

Stage collectif : une approche originale pour produire des connaissances ©ISRA-BAME

Le COSTEA, catalyseur d’un écosystème d’acteurs

Au cœur de cette dynamique, le COSTEA joue un rôle clé : celui de facilitateur et de connecteur.

Le stage a permis de fédérer des acteurs renforçant les interactions entre :

  • la SAED, opérateur clé de l’aménagement irrigué, fortement impliqué dans la logistique et l’encadrement technique
  • lISRA, qui renforce ses travaux sur l’agroécologie des systèmes irrigués ;
  • lUniversité Gaston Berger and LInstitut Agro Montpellier, réunis pour la première fois autour d’un dispositif commun de formation.

Cette coordination, de la préparation à la restitution, a permis de structurer un dialogue inédit entre institutions académiques, recherche et acteurs opérationnels et l’un des apports majeurs du dispositif réside dans sa capacité à créer des liens durables.

Les interactions nouées pendant le stage constituent aujourd’hui un socle pour les prochaines étapes du COSTEA :

  • mobilisation des acteurs dans l’étude sur la réingénierie agroécologique des périmètres irrigués, qui démarre en avril
  • implication renforcée des partenaires dans les dispositifs de formation
  • structuration d’un réseau d’experts à l’échelle ouest-africaine.

Cette continuité se matérialisera notamment lors d’un atelier régional prévu en juin 2026 au Sénégal, réunissant des experts des sociétés d’aménagement d’Afrique de l’Ouest.

Sénégal : l’irrigation au coeur des dynamiques agricoles ©Mouhamadou Dièye, ISRA-BAME

Des enseignements clés pour la transition agroécologique

Le diagnostic réalisé sur les périmètres de Dagana et du lac de Guiers met en lumière plusieurs enseignements majeurs qui vont alimenter une réflexion plus large sur les conditions d’une transition agroécologique adaptée aux systèmes irrigués :

  • Autonomisation des agriculteurs dans la gestion de leau
     Un levier identifié pour améliorer la résilience des systèmes, tout en posant la question du rôle des opérateurs techniques dans la gestion et la maintenance des infrastructures.
  • Diversification des systèmes de culture
     Déjà présente sur le terrain, la diversification ouvre des perspectives pour sortir de la monoculture du riz et intégrer des pratiques agroécologiques.
  • Intégration agriculture–élevage
     Une piste clé pour renforcer la durabilité des systèmes de production.
  • Rôle central des femmes
     Malgré un accès limité au foncier, les dynamiques collectives féminines — notamment via des coopératives regroupant plusieurs milliers d’agricultrices — apparaissent comme un levier stratégique de transformation.

À travers ce dispositif, le COSTEA confirme son positionnement : faire dialoguer savoirs scientifiques, expertise de terrain et décision publique pour accompagner la transformation des systèmes irrigués.

Dans le delta du fleuve Sénégal, une dynamique collective sest récemment mise en mouvement autour des enjeux dirrigation et de transition agroécologique. À linitiative du COSTEA, un stage collectif a réuni pendant une semaine étudiants, chercheurs et acteurs institutionnels autour dun objectif commun : comprendre les réalités de terrain pour mieux accompagner la transformation des systèmes irrigués.

Ce dispositif sinscrit dans une démarche structurante du COSTEA : croiser les regards entre science, terrain et action publique. Concrètement, il mobilise des étudiants en fin de cursus de LInstitut Agro Montpellier et de lUniversité Gaston Berger, aux côtés de partenaires techniques nationaux comme la SAED (Société Nationale d’Aménagement et d’Exploitation des Terres du Delta du Fleuve Sénégal et des Vallées du Fleuve Sénégal et de la Falémé) et lISRA (Institut Sénégalais de Recherches Agricoles). 

Une immersion au cœur des territoires irrigués

Pendant cette semaine de terrain dans la région de Saint-Louis, les équipes ont conduit un diagnostic approfondi sur plusieurs périmètres irrigués, notamment à Dagana et autour du lac de Guiers.
Objectif : analyser les pratiques agricoles, les modes de gestion de leau, les choix daménagement hydraulique, ainsi que les dynamiques économiques et sociales à l’œuvre.

Ce travail a permis didentifier des situations contrastées :

  • des périmètres anciens en cours de réhabilitation, structurés autour de réseaux gravitaires collectifs
  • des zones plus récentes, où les pratiques dirrigation sont plus individuelles et moins régulées

Au-delà des infrastructures, cest lensemble du système territorial qui a été interrogé : organisation des acteurs, règles de gestion de leau, intégration aux filières agricoles, ou encore trajectoires d’évolution des exploitations.

Ce stage collectif a mobilisé étudiants, chercheurs et partenaires techniques nationaux. ©ISRA

Des enseignements pour penser la transition agroécologique

Les résultats de ce stage constituent une première étape dans une étude plus large portée par le COSTEA sur la réingénierie des périmètres irrigués, dont la prochaine phase débutera courant avril au Sénégal. Cette étude sera également menée au Cambodge, un des 8 États-membres du COSTEA).

Le diagnostic effectué lors  de cette semaine de terrain a déjà permis de choisir les zones qui seront concernées pour cette étude : Dagana A, Dagana B, Mbilor, Keur Mbaye et le Lac de Guiers.

Ces résultats mettent en lumière plusieurs enseignements clés :

  • la nécessité darticuler infrastructures hydrauliques et pratiques agricoles
  • limportance des dimensions sociales et organisationnelles dans la gestion de leau
  • le rôle des territoires comme échelle pertinente pour penser la transition agroécologique

Les données collectées viendront alimenter à la fois les futures études du COSTEA et la conception de formations professionnelles dédiées à ces enjeux.

Sans se limiter à une approche académique, cette initiative a généré un intérêt notable à l’échelle locale. La diversité des acteurs impliqués (ISRA, SAED, UGB, Institut Agro) et la visibilité du dispositif témoignent dun besoin partagé : mieux comprendre les transformations en cours dans les territoires irrigués.

Cet écho ne tient pas uniquement à la production de connaissances, mais à la méthode elle-même — une approche collaborative, ancrée dans les pratiques et orientée vers laction.

Les équipes ont conduit un diagnostic approfondi sur plusieurs périmètres irrigués (Dagana et autour du lac de Guiers) ©COSTEA

Une approche COSTEA : relier les échelles pour transformer

À travers ce type de dispositif, le COSTEA affirme son positionnement : produire des connaissances utiles, ancrées dans les réalités de terrain, pour éclairer les décisions publiques et accompagner les transformations de lagriculture irriguée face aux défis climatiques.

Cette approche sinscrit dans la mission générale du COSTEA, qui organise des groupes de réflexion, des expertises de terrain, des retours dexpériences croisées et des formations sur quatre thématiques principales :

  • la réingénierie agroécologique et la gestion des systèmes irrigués collectifs
  • la réutilisation des eaux usées pour lagriculture
  • latténuation de limpact de lagriculture irriguée sur le changement climatique
  • la gouvernance territoriale, participative et inclusive de leau

Penser lirrigation aujourdhui ne se limite plus à des choix techniques. Il sagit de concevoir des systèmes capables dintégrer les dynamiques territoriales, les contraintes environnementales et les besoins des acteurs locaux — dans une perspective de durabilité et de sécurité alimentaire.

Ces discussions seront abordées lors d’un atelier spécifique en juin prochain qui aura lieu au Sénégal, lequel impliquera des experts des ROA-SAGI (Réseau Ouest Africain des Sociétés d’Aménagement et de Gestion de l’Irrigation), acteur majeur de l’irrigation en Afrique de l’Ouest.

Une dynamique collective autour des enjeux d’irrgation et de transition agroécologique ©COSTEA

Créé en 2013, Le COSTEA est un think tank dédié à l’eau pour l’alimentation face aux défis du changement climatique. Il fédère une communauté internationale de réflexion et dʼaction dexpert-es, de scientifiques, de gestionnaires de leau agricole, de maîtrises douvrage, de responsables publics et de partenaires techniques et financiers. Il vise à produire, partager et valoriser des connaissances et des recommandations de politiques publiques pour relever les défis de lagriculture irriguée.

 

 

 

 

 

 

 

 

Atelier COSTEA / CLISS-PARIIS

Ouagadougou / 14 et 15 Mars 2023 

Flyer de l’atelier